Dysorthographie : témoignage d’une enseignante qui a changé sa pratique
Marie enseigne le français au collège depuis quinze ans. Pendant longtemps, elle a noté les fautes d’orthographe de tous ses élèves sans distinction — c’était normal, c’était attendu. Puis, la dysorthographie d’un élève particulièrement brillant l’a poussée à remettre en question ses pratiques. Elle partage aujourd’hui son parcours avec franchise.
« Je pensais qu’ils ne faisaient pas assez d’efforts »
Pendant les dix premières années de ma carrière, j’avais la conviction que les élèves qui faisaient beaucoup de fautes d’orthographe ne travaillaient pas assez. Je me souviens d’un élève en particulier — Maxime, en cinquième — qui participait brillamment à l’oral, qui avait des idées remarquables lors des discussions de classe, mais dont les rédactions étaient truffées de fautes. Je le corrigeais sévèrement. Je lui disais qu’il devait faire plus d’efforts. Il repartait tête baissée.
C’est l’orthophoniste de Maxime qui a tout changé. Elle m’a contactée pour me présenter le bilan de Maxime et m’expliquer sa dysorthographie. En une heure, ma vision de vingt ans de pratique s’est effondrée.
Ce que j’ai appris sur la dysorthographie
Ce que l’orthophoniste m’a expliqué ce jour-là, je l’enseigne maintenant à mes collègues. La dysorthographie n’est pas un manque d’efforts — c’est un trouble neurologique réel. Un élève dysorthographique peut comprendre parfaitement une règle grammaticale et être incapable de l’appliquer automatiquement à l’écrit. Ce n’est pas de la mauvaise volonté — c’est un défaut d’automatisation. Et corriger toutes ses fautes en rouge, c’est le noyer sans l’aider à progresser.
Les changements concrets que j’ai mis en place
Depuis cette rencontre, j’ai transformé ma façon d’évaluer et d’accompagner les élèves dysorthographiques. Je ne pénalise plus l’orthographe dans mes évaluations de cours — je l’indique, mais elle n’impacte pas la note de contenu. Je fournis les textes à l’avance pour les dictées des élèves qui ont un PAP. J’autorise l’ordinateur avec correcteur orthographique pour les rédactions. Et j’évalue les productions écrites sur le fond — la richesse des idées, la pertinence de l’analyse, la cohérence de l’argumentation — pas sur la forme orthographique.
L’impact sur Maxime et sur mes autres élèves DYS
La transformation de Maxime a été remarquable. Libéré de la peur de la faute, il a commencé à produire des rédactions d’une richesse remarquable. Sa confiance a explosé. En troisième, il a présenté un exposé oral devant toute la classe sur un sujet de son choix — quelque chose qu’il n’aurait jamais osé faire deux ans avant. Il voulait devenir écrivain. Je pense qu’il y arrivera.
Son message aux autres enseignants
Ce que je veux dire à mes collègues : la correction en rouge systématique ne fait pas progresser les élèves dysorthographiques — elle les décourage. Leur talent mérite d’être vu malgré leurs fautes. Former les enseignants aux troubles DYS devrait être obligatoire. Pour des ressources et des formations sur les troubles DYS destinées aux enseignants, lesdys.fr propose des guides pédagogiques et des webinaires accessibles.